Fin 1933, durant quelques jours, Simone Weil hébergera chez ses parents Léon Trotski (avec femme, enfant et gardes du corps): longues et véhémentes discussions sur la révolution, sur le rôle du Parti communiste allemand dans le déclenchement de celle-ci…
Trotski : « Si vous pensez ainsi, pourquoi nous recevez-vous ? Êtes-vous l’Armée du Salut ? » ; commentaire de Nathalie Sédov, l’épouse de Trotski : « Cette enfant qui tient tête à Trotski ! ».
Petit bouquin tout à fait passionnant de cette géniale philosophe que je ne connaissais pas du tout (enfin si, j'avais une vague idée, surtout qu'il ne fallait pas la confondre avec Simone Veil, dont le slogan politique était plutôt “Y vais-je?”) avant ma visite au Pavillon Simone Weil de Thomas Hirschhorn au Pavillon Sicli (ou il m'est arrivé une mésaventure tragicomique que je narrerai peut-être un jour ici, quoique…).
Weil y analyse avec rigueur un monde qui ressemble affreusement à celui dans lequel nous vivons - celui de la poussée des fascismes et conclut qu'à la place de l'espoir, mieux vaut la lucidité:
“Rien au monde ne peut nous interdire d’être lucides.”
Où l'on voit que Trotski, c'est kif-kif Staline (position que soutenait d'ailleurs Boris Souvarine, ami de Simone Weil):
“Trotski persiste à dire qu’il s’agit d’une « dictature du prolétariat », d’un « État ouvrier » bien qu’à « déformations bureaucratiques », et que, concernant la nécessité, pour un tel régime, de s’étendre ou de périr, Lénine et lui ne se sont trompés que sur les délais. Mais quand une erreur de quantité atteint de telles proportions, il est permis de croire qu’il s’agit d’une erreur portant sur la qualité, autrement dit sur la nature même du régime dont on veut définir les conditions d’existence. D’autre part, nommer un État « État ouvrier » quand on explique par ailleurs que chaque ouvrier y est placé, économiquement et politiquement, à l’entière discrétion d’une caste bureaucratique, cela ressemble à une mauvaise plaisanterie.”
Contre la version infantilisante de l'histoire avec un début et une fin:
“Cette notion catastrophique de l’histoire, où les catastrophes sont marquées par les fins ou les débuts de chapitres, nous l’avons tous absorbée pendant des années ; nous ne nous en débarrassons pas, et nous réglons notre action sur elle. La division des manuels d’histoire en chapitres nous vaudra bien des erreurs désastreuses.”