Olivier Maulin, La fête est finie

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Victor et Picot sont deux copains à la ramasse. Le premier passe ses journées vautré sur un canapé à écouter Bach ; le second enchaîne les petits boulots. Ils se retrouvent vigiles de nuit à Lagny-sur-Marne, chargés de veiller sur un parc de camping-cars avec deux chiens récupérés en hâte à la SPA. Mais les deux bras cassés s’endorment dans l’un des véhicules et celui-ci est volé. Ils se réveillent près de la frontière allemande et décident alors de s’installer dans un camping isolé d’une vallée alsacienne où ils font la rencontre d’une jeune fille et de son père, qui avec quelques amis du coin se préparent à l’effondrement de la société. Les deux compères se sentent très à l’aise dans leur nouvelle famille, mais voilà que le «progrès» pointe le bout de son nez dans la vallée : une décharge industrielle et un Center Parc de deux cents hectares menacent de s’implanter sur la lande. Et si la catastrophe attendue était déjà là? Pour la petite bande que va bientôt diriger un «général» très spécial, il est l’heure d’entrer en résistance au cœur de la montagne… Olivier Maulin excelle dans l’art de dénoncer les travers du monde moderne avec une verve et une gouaille irrésistibles. Un roman aussi désopilant qu’intelligent, salutaire par les temps qui courent.

Jouissif, ce bouquin. Rabelais a un héritier au XIXe siècle, il s'appelle Olivier Maulin et c'est un auteur que je vais suivre, l'occasion d'un p'tit tour chez Barone.

On pense un peu à Fantasia chez les ploucs de Charles Williams[1].

Picot n'est pas Sagamore Noonan - il est au contraire étonnamment sage et pondéré, mais ce narrateur rapporte un monde picaresque et fort comique, le tout mâtiné d'une sauce politique qui me va fort bien.

— Sauf votre respect, ça c’est des conneries qu’on apprend à l’école et qu’on lit dans les journaux. La réalité est très différente. La démocratie telle qu’on la connaît ne fonctionne que dans l’intérêt des 20 % de la population qui se trouvent au sommet de la pyramide sociale. La concentration des richesses, la privatisation de l’appareil d’État et la possession des médias leur donnent une influence stratégique déterminante grâce à laquelle ils réussissent à convaincre les 31 % de la population juste au-dessous d’eux qu’ils ont plus à gagner à craindre les plus pauvres qu’à envier les plus riches. Le résultat, c’est qu’ils gagnent à tous les coups, réussissant à satisfaire toutes leurs ambitions de manière parfaitement institutionnalisée et à piller le pays légalement. La preuve de ce que j’avance, c’est la persistance et désormais l’accroissement de l’inégalité des revenus depuis plus de soixante ans. Vous croyez que dans une véritable démocratie où les pauvres sont majoritaires, une telle chose serait possible ?

(...)

Celui-ci est pas mal non plus pour donner le ton:

Les eco-warriors avaient envoyé une de leurs camarades, une dénommée Camille, défendre leur point de vue libertaire. Estimant la langue fasciste, celle-ci résistait en ne respectant pas le genre des mots, si bien qu’on la prenait souvent pour une Anglaise.

— Cette mode de fonctionnement par groupes d’affinités correspond à un exigence moral de notre part, nous refusons la commandement unifié qui pour nous est de la fascisme pure et simple.


Note

[1] le film existe et est visible, avec notamment Jean Yanne

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  • Dernière modification : 2023/12/18 08:23
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