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Bertolt Brecht - Sainte Jeanne des Abattoirs

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C'est au Grütli et c'est bien, mais j'ai souffert (pas à cause de la pièce mais de mon opération à l'épaule), enfin faut bien pour la culture et puis ça aide à la distanciation.

Du 15 janvier au 03 fevrier 2013

Mardi, jeudi et samedi à 19h, mercredi et vendredi à 20h, dimanche à 18h. Relâche le lundi.

Grande salle (sous-sol). Durée 2h30.

Mise en scène : Cie du solitaire Didier Carrier Assistante à la mise en scène : Bénédicte Bosc Création des lumières : Danielle Milovic et Vincent Collin Costumes : Odrée Chaminade et Carine Moulinier Scénographie : Florence Magni Chargée de production : Claudine Corbaz Musiciens : Marc Berman, Alexandra Tundo et Benjamin Vicq Avec : Nathalie Boulin, Jean-Luc Borgeat, Bénédicte Bosc, Isabelle Bosson, Jean-Pierre Gos, Jef Saintmartin, Maud Fauchère et Didier Carrier

Sainte Jeanne des Abattoirs retrace l’éveil politique de Jeanne Dark, une militante chrétienne de l’Armée du Salut, exposée aux stratagèmes d’un baron de l’industrie de la viande, Pierpont Mauler, dont le nom évoque, par le prénom et les initiales, le « philanthrope » Pierpont Morgan, et par le patronyme (Maul : mâchoire et gueule en allemand), la voracité broyante du personnage. Persuadée au début que la véritable action chrétienne se limite à venir en aide aux travailleurs et que la seule façon d’y arriver est de se situer au-dessus de la mêlée et du conflit qui les oppose aux patrons, Jeanne comprend bientôt que cette position équivaut en fait à se ranger du côté des possédants et de la violence qu’ils exercent et elle reconnaît in extremis, au terme d’un cheminement hésitant où elle a trahi les ouvriers, que seule la violence peut répondre à la violence.

... toute médiation, aux yeux de Brecht, se trouve vouée à l’échec et au renforcement de l’exploitation des prolétaires. Frappée de pneumonie, agonisante, Jeanne, dans une dernière scène qui reprend la finale du Faust II, meurt en essayant de faire connaître sa nouvelle position tandis qu’un choeur de bouchers, parlant «le langage des rois» l’encense dans une «humiliante apothéose» et censure ses propos par l’éloge et le bruit.

Dans une paraphrase de la célèbre métaphore shakespearienne, Jeanne décrit le monde non plus comme un théâtre mais comme un «immense abattoir où nous appelle la rumeur d’imminentes violences». L’usine à viande figure donc chez Brecht ce milieu exemplaire de la violence de classe en milieu urbain : elle le figure d’ailleurs bien davantage qu’elle ne l’incarne car ce qui intéresse Brecht, au premier chef, tient moins au processus de la mécanisation du travail, dans la transformation «à chaque heure de quatre ou cinq cents têtes de bétail en viande» que dans les opérations abstraites qui fondent la circulation et les métamorphoses du capital. Ce sont les causes et les effets concrets de cette violence que Brecht vise à montrer sur scène. Son sujet est donc moins la viande que l’argent et la nature des transmutations quasi alchimiques du capitalisme. À propos de Mauler, l’homme faustien, le fabricant de conserves Graham s’exclame : «Il fait de l’or avec de la viande pourrie, et si tu lui jetais à la tête des pierres, il muerait en argent ces pierres elles-mêmes.»

"Le nouveau procédé est fort ingénieux.

Le porc est amené sur un tapis roulant

Jusqu’en haut de la chaîne au tout dernier étage.

Le dépeçage alors va commencer pour lui.

Sur les couteaux, tout seul, le porc se précipite.

Bien trouvé, n’est-ce pas ? Il s’égorge et bientôt,

Tout seul, saucisse il deviendra,

Car tombant d’étage en étage,

D’abord, il perd sa peau, qui va donner du cuir,

Abandonne ses soies, dont on fera des brosses,

Et sa carcasse enfin, réduite en poudre d’os.

Et ainsi de lui-même par son poids, de lui-même, il arrive

Dans la boîte en fer blanc qui l’attendait en bas.

Belle invention, tu ne trouves pas?"

Source; http://www.erudit.org/revue/im/2008...

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