Vladimir Sorokine: Telluria

Résumé

Après l’implosion de l’Europe, provoquée par les wahhabites et les talibans, et le démantèlement de la Russie par les séparatistes, un Nouveau Moyen Âge s’est instauré sur un territoire immense qui va de l’Atlantique à l’Oural puis au Pacifique. Les réserves de gaz et de pétrole sont épuisées et les Chinois ont débarqué sur Mars. C’est une ère de grande confusion, le Temps des Troubles. De la Russie actuelle ne subsiste que la Moscovie, orthodoxe et communiste, alors que partout ailleurs ont surgi de petits royaumes, principautés, tels les États-Unis de l’Oural, la République stalinienne socialiste soviétique (devenue un parc à thèmes pour nostalgiques du stalinisme)… et Tellurie, dans l’Altaï, dont le président est un Français.

La nature, peuplée de centaures et autres créatures horrifiques de tout poil, semble elle-même avoir perdu tout repère. L’insécurité règne partout, avec son cortège d’horreurs, de viols, de massacres… Comme dans les Temps anciens, l’énergie de chacun pourrait se mobiliser dans une quête du Graal, de l’Absolu. Au lieu de cela, tous se dirigent vers la république de Tellurie pour y acquérir le tellure, ce métal plus fort que toutes les drogues car il est capable de procurer le Bonheur.

Puisant le grotesque à la source de Rabelais, Swift et Gogol, jouant de tous les registres langagiers, s’inscrivant enfin dans la tradition illustrée par le Nous de Zamiatine et le 1984 d’Orwell, Vladimir Sorokine développe une fantasy allégorique sur l’avenir de l’Europe et de la Russie. Roman d’avertissement, Telluria trace les effroyables contours d’un futur annoncé.

Extrait

“La ville grouille de réclames, de voitures, de chevaux et de mendiants. Pour user d’un terme gastronomique, Moscou est une okrochka. La qualité de l’air mérite une mention particulière. Seuls les dignitaires et autres richards peuvent bénéficier du gaz et de l’électricité pour leurs déplacements. Le petit peuple et les transports publics doivent se contenter de carburant biologique – pour l’essentiel, de la pulpe de pomme de terre. Par bonheur, depuis Catherine II, la Moscovie n’est point en manque de ce tubercule. À dire vrai, les gaz d’échappement confèrent à l’atmosphère des relents douceâtres et nauséabonds qui imprègnent toutes choses à l’entour.”

Note Fred

Mais que voilà du bon, du tout bon même: un humour assez ravageur, de la culture, une belle vision glaciale de l'avenir. Tout ce qui me plaît! Sorokine, un auteur à suivre. D'autant que ses bouquins sont brûlés par les jeunesses pro-Poutine.

  • billets/2019/1019vladimir_sorokine_telluria.txt
  • Dernière modification : 2021/01/12 07:32
  • de radeff