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David Lodge, Un tout petit monde (Small World)

Où sont les campus d'antan où des professeurs de lettres besogneux erraient comme des âmes en peine entre les salles de cours, la bibliothèque et la salle des professeurs, l'intelligence en jachère, le cœur en sommeil ?

Le jumbo-jet, les médias ont changé tout cela, arrachant les universitaires d'aujourd'hui à leur solitude, les amenant à communiquer avec de lointains collèges à l'autre bout du monde. L'ère du campus global est arrivée et ses liturgies favorites sont les congrès.

Celui de Rummidge, par exemple, où nous retrouvons notre veille connaissance, Philip Swallow (Jeu de société et Changement de décor), ainsi que le bouillant Américain Morris Zapp.

On notera la présence de deux jeunes universitaires brillants, la ravissante Angelica Pabst, dont tout le monde cherche à s'attirer les bonnes grâces, et le naïf Persse McGarrigle, un jeune poète irlandais qui n'a jamais entendu parler de structuralisme et qui compte bien sur elle pour l'initier! Les innombrables professeurs de littérature anglaise qui peuplent ce roman ne cherchent pas tant à satisfaire leur soif de savoir qu'à assouvir leur immense besoin d'amour.

Sous la baguette de David Lodge, la littérature est le prétexte de rencontres hilarantes, et la planète se rétrécit comme par magie pour devenir une sorte de grand livre, peut-être cette anthologie de tous les livres dont rêvait Borges dans La Bibliothèque de Babel.

“Irrésistible de drôlerie, réaliste jusqu'à la crudité, le livre de David Lodge est surtout délicieusement mais parfaitement méchant comme savent l'être les œuvres des grands moralistes…” (Patrick Raynal, Le Monde)

J'avoue j'ai honte d'avoir lu ce livre si tard, alors que j'en ai entendu parler il y a plus de trente ans1)… Et je le regrette, car c'est l'un des romans les plus drôles, enlevé et fûté que j'ai lu. Il y a notamment une étonnante modernité, que dis-je, une touche de visionnaire nostradamusiste dans cet ouvrage, où Lodge imagine internet et la mondialisation avec près de dix ans d'avance, au moyen d'un téléphone (fixe), d'une photocopieuse et d'avions longs-courriers.

— Et pourquoi ? Persse repartit au petit trot.

— Parce que, dit Morris Zapp, en le suivant à contrecœur, l’information est beaucoup plus transportable dans le monde moderne qu’elle ne l’était autrefois. Et les gens aussi. Ergo, il n’est plus nécessaire d’emmagasiner votre information dans un seul bâtiment, ou de parquer vos meilleurs chercheurs sur un seul et même campus. Il y a trois choses qui ont révolutionné la vie universitaire ces vingt dernières années, bien que très peu de gens en soient encore conscients : les voyages en jet, le téléphone automatique de votre bureau et la photocopieuse. Les chercheurs ne sont plus obligés de travailler dans la même institution pour dialoguer, de nos jours : ils se téléphonent, ou ils se rencontrent dans des congrès internationaux. Et ils n’ont pas à fouiner dans des rayons de bibliothèque pour recueillir leurs données : tout livre ou tout article qui semble intéressant, ils peuvent le photocopier et le lire à la maison. Ou encore dans l’avion en se rendant au prochain congrès.


1)
Small world date de 1984, ce qui n'est sans doute pas totalement un hasard!
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  • Dernière modification : 2026/07/03 09:04
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