Gérald Bronner, Les origines : Pourquoi devient-on qui l'on est ?

“Longtemps, je n'ai pas su de quel milieu je venais. Pendant ma prime enfance, même, j'ai pensé que je venais d'un milieu social aisé. À un moment, j'ai compris : ma famille et moi, nous étions pauvres.” Les origines : voilà un “grand mot” pour répondre à la question de nos identités et de nos devenirs. Sommes-nous la somme des déterminations biologiques et sociales dont nous avons hérité ? Si, en revanche, l'identité se construit au fil de la vie, quelles places y tiennent le travail et le mérite ?Gérald Bronner, “transclasse” lui-même, s'interroge et revisite la question sous le double angle du savoir sociologique et de son expérience personnelle. Une réflexion émouvante, ainsi qu'un plaidoyer en faveur de la complexité qui rend nos origines dignes d'être racontées.

Je ne connaissais pas du tout ce sociologue contemporain, professeur à la Sorbonne d'origine modeste, que j'ai entendu l'autre jour évoquer son bouquin sur l'émission de RSR1 égosystème, et je l'ai juste trouvé passionnant. Donc j'ai acheté son bouquin, et si le propos reste passionnant, je suis un peu resté sur ma faim. Ceci étant, c'est d'une rare limpidité pour un sociologue - une écriture aussi simplissime que le célèbrissime livre de recettes de cuisine du même nom, d'une sobriété et d'une honnêteté rare. Bronner, qu'on ne va certainement pas qualifier de valet du capitalisme, critique aussi de manière intelligente la désunion gauchiste, postcoloniale, wokiste et Xiste à travers notamment un concept intéresssant, celui de dolorisme. Dans ce genre de concepts, il y aussi le biais d'optimisme que je ne connaissais pas (ex.: près de 100% des profs d'uni s'estiment meilleurs que leurs collègues). Ainsi, Annie Ernaux, Edouard Louis ou Didier Eribon en prennent pour leur compte, car Bronner refuse l'exaltation de l'origine prolétaire, ainsi que la honte sous-jacente, pour prôner le transclassisme, une fierté de ses origines et de sa carrière - tout en refusant la méritocratie, rappellant que si on réussit, c'est souvent plus par chance que par l'effort. Et puis il y a quelques perles, comme cette théorie qui veut que le complotisme soit l'apanage des losers - mais n'est-ce pas un peu un biais d'optimisme justement?

Bref: un gars à suivre.

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  • Dernière modification : 2026/07/03 09:06
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