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Cormac McCarthy, Stella Maris

1972. Black River Falls, Wisconsin. Alicia Western, vingt ans, est admise à sa demande dans une institution psychiatrique. Au cours de neuf séances avec son thérapeute, elle nous livre les clés de son monde intérieur. Un monde tourmenté, peuplé de créatures chimériques et de figures puissantes : la grand-mère qui l’a élevée ; le mathématicien Alexandre Grothendieck, son mentor ; son frère Bobby, qu’elle aime depuis toujours d’un amour impossible.

Folle, Alicia ? Pas plus que l’époque qui l’a vue naître et dont la cruauté semble sans limites. Fragile et géniale, cette jeune fille est sans aucun doute l’un des plus beaux personnages inventés par Cormac McCarthy.

Situé dix ans avant Le Passager, dont il éclaire les zones d’ombre, Stella Maris est un voyage sans retour de l’autre côté du miroir.

J'avais lu pas mal de bouquins de ce magnifique auteur à la fin du millénaire passé, mais c'était avant 2003 donc il n'y a rien sur ce blog. Il m'en reste néanmoins pas mal de souvenirs, pas mal rudes (la scène de l'agonie d'un jeune cowboy dans une sorte de bar mexicain, où, blessé à mort au couteau, il s'en va en évoquant sa maman, par exemple).

Si j'ai eu un peu de difficulté à entrer dans l'écriture de Stella Maris, au point d'abandonner après la page 3, lorsque j'y suis revenu ce matin, je ne l'ai pas lâché jusqu'à la dernière ligne, et je pense que ce livre ne me lâchera pas non plus. Non pas tant par ces images douloureuses comme celle évoquée supra, plutôt par l'interrogation métaphysique qu'il sous-tend en permanence - y a-t-il une réalité et un sens à nos pitoyables existences.

On ne sort pas tellement empli de certitudes faces à ces questions ontologiques, plutôt avec de nouvelles interrogations, mais l'humour ironique du Cormac rend digeste même les passages les plus matheux. Et j'ai trouvé marrant la coïncidence que l'un des personnages importants de ce bouquin, Alexandre Grothendieck, ait attiré mon attention il y a quelques semaines (je crois suite à la lecture du magnifique Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich).

Toute l’histoire récente tourne autour de la mort. Quand on regarde des photos prises à la fin du dix-neuvième siècle, ce qui vient à l’esprit c’est que tous ces gens sont morts. Si on remonte un peu en arrière tout le monde est toujours mort mais ça n’a aucune importance. Ces morts-là nous touchent moins. Mais pour les silhouettes sépia des photos c’est différent. Même leurs sourires sont amers. Empreints de regret. D’accusation.

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  • Dernière modification : 2026/07/03 09:06
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