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Ian McEwan, Leçons

Alors que la menace de Tchernobyl plane sur l’Europe, la vie londonienne de l’aspirant poète Roland Baines se fissure soudainement. Peu après la naissance de leur fils, son épouse l’abandonne pour se consacrer à l’écriture de son roman, plutôt qu’à son rôle de mère. Commence alors pour Roland une trépidante exploration de son passé afin de remonter aux prémices d’un tel échec. Par bribes se dévoilent ses premières années vécues en Libye auprès d’un père tyrannique. Puis son arrivée forcée en Angleterre en 1962 où il rejoint un pensionnat austère à l’âge de douze ans. Là débutent de curieuses leçons de piano, avec sa très sévère et follement lubrique professeure, Miriam Cornell. Roland prend ensuite le large vers l’Allemagne, puis il tombe amoureux d’Alissa qui partage son goût pour la littérature.

Les années passent, le monde dysfonctionne toujours davantage, et Roland ne parvient jamais à reprendre sa vie en main ni à en tirer de leçons. Et si retrouver son ancienne professeure de piano pouvait le libérer?

Roman ambitieux au souffle impressionnant, Leçons raconte la grande épopée d’une vie faite de rêves abîmés. L’intime se mêle ici magistralement à la grande Histoire, dépeinte brillamment par Ian McEwan qui nous offre un antihéros au charme irrésistible et une réflexion passionnante sur la vocation artistique.

Comme toujours, lorsqu'il s'agit de bonne littérature c'est ma douce qui m'a conseillé ce roman, un sacré pavé qui s'étale sur plus d'un demi-siècle et recoupe en partie la biographie de son auteur (enfance en Lybie, père militaire etc) sans que l'on sache si le pitch principal, que je ne veux pas dévoiler ici, recoupe la vie de McEwan.

Bref: j'ai adoré, même si j'ai trouvé qu'il y avait un petit essouflement du rythme entre le premier tiers et le second tiers de ce vaste ouvrage - la dernière partie est une très belle envolée et j'ai gobé ce pavé au prix de mes dernières nuits.

Il y a notamment un joli passage anti-idéaliste lors du service funèbre de Rosalinde, où je me suis particulièrement reconnu dans le narrateur qui évoque sa difficulté à participer à la tartufferie chrétienne et crétine de ce tragique enterrement. On le retrouve un peu après, lors d'une visite de Paris, où la description de la ville-lumière fait tout sauf envie, lorsque Roland annonce que :

“S’il devait encore regarder une seule Vierge à l’Enfant, une seule Crucifixion, une seule Assomption, une seule Annonciation, il allait « vomir ». Historiquement, affirma-t-il, le christianisme avait été un éteignoir pour l’imagination européenne. L’expiration de sa tyrannie, quel cadeau ! Ce qui passait pour de la piété n’était que du conformisme imposé par un totalitarisme intellectuel d’État. Contester ou défier celui-ci au seizième siècle équivalait à risquer sa vie. Comme protester contre le réalisme socialiste dans l’Union soviétique de Staline. Cinquante générations durant, le christianisme avait fait obstacle non seulement au progrès scientifique mais plus ou moins à toute vie culturelle, à toute liberté d’expression et à tout questionnement. Il avait mis aux oubliettes pendant une éternité les philosophies tolérantes de l’Antiquité classique, condamné des milliers d’esprits brillants au puits sans fond d’ineptes querelles théologiques. Il avait propagé son prétendu Verbe au prix d’horribles violences et s’était maintenu en place par la torture, les persécutions et la mort. Doux Jésus, laissez-moi rire!”

Ce livre parle beaucoup de musique, de piano, notamment de classique et de jazz, mais aussi de musiques plus modernes.

Life in the Bus Lane, Balham Alligators

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  • Dernière modification : 2026/07/03 09:17
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