Paul Rocher, Que fait la police ? Et comment s’en passer
Résumé
Omniprésente dans les rues comme dans le débat public, la police soulève davantage de questions qu’elle ne semble pouvoir en résoudre. En mobilisant les études disponibles et en confrontant les chiffres, Paul Rocher réfute dans ce livre les présupposés au fondement du mythe policier d’une institution sans doute imparfaite mais nécessaire, au service de toute la société dont elle ne ferait que refléter les travers. Non, la police n’empêche pas le crime, et l’emprise policière croissante sur la société n’a pas d’autre fondement que la réorganisation autoritaire du pays et le maintien d’un ordre inégalitaire. Toute l’histoire de l’institution révèle sa nature violente, sa fidélité à l’ordre établi – et dément l’idée de son « dysfonctionnement ».
Peut-on pour autant se passer de police ? En s’inspirant des exemples sud-africain et nord-irlandais, où les habitants ont expérimenté des formes de gestion des conflits indépendantes de l’appareil d’État, Paul Rocher dégage les voies possibles d’un monde sans police.
Note Fred
Un bouquin passionnant que m'a passé mon fiston A.R. Un peu comme un chouette livre de philo, de ces ouvrages qui dérangent nos idées reçues, comme “plus de police = plus de sécurité”.
Ben non: plus de police = plus d'insécurité.
L'auteur, un économiste (sans doute distingué comme le veut l'expression consacrée) nous démontre par A+B et des données quantifiées que l'incroyable croissance de la police française de ces dernières décennies est surtout là pour défendre, non la veuve et l'orphelin, mais le colonialisme, la violence machiste et, plus largement, garantir la paix capitaliste. Sur la base des comités de rue en Afrique du Sud, pendant l'apartheid, et en Irlande pendant la guerre coloniale, il propose des pistes pour des solutions alternatives, plus citoyennes et, en définitive, plus efficace pour la mission de sécurité policière.
Une question intéressante à laquelle Rocher apporte une réponse, c'est pourquoi le capitalisme ne peut-il pas se passer de l'État et de la police publique. Outre des réponses connues (l'État permet p. ex. d'éponger les dettes des aventures bancaires sur le dos des contribuables, et en plus de râler droit derrière sur le “trop d'État” ): l'Etat a un monopole de la violence, principalement pour éviter la concurrence violente entre les capitalistes.
Comme quoi la nuance entre mafia et capitalisme est très mince, comme le soulignait le vieux Brecht.
Parmi les nombreuses sources, un des rares Walter Benjamin (Critique de la violence) que je n'ai pas lu, il est sur ma prochaine liste de lectures.
Félix Valloton, La charge, 1893