Léa Ypi, Enfin libre - Grandir quand tout s’écroule

Dans une passionnante autobiographie politique, écrite à hauteur d’enfant, l’autrice décrit son amour des pionniers et du leader Enver Hoxha, sa fascination pour les réclames sur la télé italienne captée clandestinement, les files d’attente devant les magasins, les premières cannettes de Coca et la relation pleine de complicité avec sa grand-mère, fille de pacha de Thessalonique qui lui enseigne le français. En 1990, l’espoir renaît. Ses parents, délivrés de leurs « origines bourgeoises », s’engagent en politique. Mais très vite, c’est l’ébranlement de tout un pays sous le choc néo-libéral. Rien n’est plus comme avant. Les usines ferment, tous cherchent à rejoindre l’Italie, les fusils font la loi. La jeune fille est prise dans un tourbillon politique qui est aussi un vacillement intime : qu’est-ce qu’être libre ?

Un magnifique récit aussi poignant que cocasse.

Excellent bouquin conseillé par ma douce qui lui a rappelé Tirana de 1993 (à moi aussi).

On nous avait avertis que la dictature de la bourgeoisie menaçait sans cesse la dictature du prolétariat. Ce que nous n’avions pas anticipé, c’était que la première victime de ce conflit, le signe le plus évident de la victoire, serait la disparition de ces termes eux-mêmes : dictature, prolétariat, bourgeoisie. Ils ne faisaient plus partie de notre vocabulaire. Avant même que ne s’étiole l’État, s’étiola le langage qui lui avait permis jusque-là de formuler ce à quoi il aspirait. Le socialisme, la société dans laquelle nous avions vécu, avait disparu. Le communisme, la société que nous désirions créer, où la lutte des classes serait abolie et où chacun pourrait développer librement ses capacités, s’était également volatilisé. Non seulement l’idéal, mais le système de gouvernance et le mode de pensée n’étaient plus.

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