Mona Chollet, Résister à la culpabilisation

dialogue ironique entre un recruteur et un candidat qu’on voit parfois circuler sur les réseaux :

« Pourquoi voulez-vous ce job ?

— En fait, j’ai toujours été passionné par ne pas mourir de faim. »

Harcèlement, humiliations, insultes : nous sommes bien averti.es de ces fléaux de la vie en société et nous nous efforçons de lutter contre eux. Mais il y a un cas de figure que nous négligeons : celui où l'agresseur, c'est… nous-même. Bien souvent résonne dans notre tête une voix malveillante qui nous attaque, qui nous sermonne, qui nous rabaisse ; qui nous dit que, quoi que nous fassions, nous avons tort ; que nous ne méritons rien de bon, que nous présentons un défaut fondamental. Cette voix parle particulièrement fort quand nous appartenons à une catégorie dominée : femmes, enfants, minorités sexuelles ou raciales…

Ce livre se propose de braquer le projecteur, pour une fois, sur l'ennemi intérieur.

Quels sont ces pouvoirs qui s'insinuent jusque dans l'intimité de nos consciences ? Comment se sont-ils forgés ?

Nous étudierons quelques-unes de leurs manifestations : la disqualification millénaire des femmes et, notamment, aujourd'hui, des victimes de violences sexuelles ; la diabolisation des enfants, qui persiste bien plus qu'on ne le croit ; la culpabilisation des mères, qui lui est symétrique ; le culte du travail, qui indexe notre valeur sur notre productivité ; et enfin la résurgence de logiques punitives jusque dans nos combats contre l'oppression et nos désirs de changer le monde.

Une déconstruction de la culpabilisation des femmes et, plus largement, des citoyen·nes par le capital.

La construction est exellente - même si j'ai parfois de la peine au niveau stylistique avec des “commentaires” du style de:

Mais il s’indigne même d’avoir un jour entendu un adolescent refuser un café et expliquer qu’il préférait le thé… Quelle impudence, en effet.1)

J'y ai retrouvé plein de mes lectures chéries (Teste, Ponthus, Lafargue) et plein de pistes de livres à lire (voir infra)

Le dernier chapitre est franchement un peu brouillon, surtout au vu de la rigueur qui précède (l'auteure se serait-elle allée à la paresse salutaire qu'elle propose - et je suis bien entendu 100% en accord avec cette proposition), puis dans les dernières pages on sent l'écrivaine pro qui nous montre sa maestria en quelques lignes efficaces.

Il y a un très court passage sur “la mare saumâtre de l'individualisme” que j'aurai bien aimé voir creuser un peu plus (possible aussi qu'avec la crève que je me paie je sois passé à côté mais je ne crois pas), et un excellent passage sur la fausse mauvaise conscience des bouteilles en plastique - ce ne sont pas les personnes qui utilisent ces bouteilles qui polluent mais bien ceux qui les produisent… et qui cherchent à faire porter la faute environnementale sur les consommateurs.

Le faux indien (un acteur italo-américain) pleurant la pollution, une image de la propagande de //Keep America Beautiful, une organisation fondée en 1953 qui rassemblait des industriels de la boisson et de l’emballage tels que Coca-Cola et l’American Can Corporation.//

  • Jonathan Crary, 24/7, Le capitalisme à l’assaut du sommeil
  • Grégoire Chamayou, La société ingouvernable

1)
Je ne vois pas trop ce qu'ajoute la 2e phrase, et il y a assez souvent ce genre de tournure un peu journalistiques.
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  • Dernière modification : 2026/07/03 08:28
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