Leïla Slimani, Comment j'écris
Résumé
Leïla Slimani est la douzième femme à avoir reçu le prix Goncourt. Quelle écrivain est-elle ? Comment écrit-elle ? Quelles sont ses inspirations ? Quel est son rapport à la langue ? Dans cette conversation avec le journaliste Éric Fottorino, l'auteure se dévoile et raconte son processus créatif.“Au moment où je me mets à ma table de travail, je ne suis plus vraiment moi. Je ne suis plus une femme, je ne suis plus marocaine ou française, je ne suis même plus à Paris ni nulle part, je suis complètement affranchie de tout. Je pense que quand on s'engage en littérature, on est obligé de s'engager totalement. On est obligé d'aller jusqu'au bout et d'explorer parfois des choses désagréables pour soi. On doit faire confiance au lecteur.”
Note Fred
Un excellent petit bouquin si vous avez des vélléités d'écriture…
Et en plus comme moi c'est une fan de Tchekhov!
Extrait
Tchekhov est un de mes auteurs préférés, je lis beaucoup ses nouvelles, j’y reviens tout le temps. À mes yeux, c’est le meilleur manuel d’écriture que l’on puisse trouver parce qu’il y a une très grande simplicité – il y a une apparence, en tout cas, de simplicité. C’est une écriture très claire et très limpide, qui va droit au but. Les nouvelles font souvent quatre, cinq pages, et en cinq pages, parfois il a retracé tout un destin, il vous bouleverse totalement. Ce qui me fascine, c’est qu’il est capable en deux lignes de camper un personnage. Par deux, trois détails, vous vous rendez compte que vous savez exactement à quoi il fait référence, qu’il n’a pas du tout eu besoin de rentrer dans des descriptions psychologiques. Que par la façon dont le personnage tient sa pipe, la manière dont il marche, dont il s’adresse à son interlocuteur, immédiatement vous savez de qui il s’agit. Et puis Tchekhov avait une forme de théorie narrative, de théorie romanesque. Il théorisait cette simplicité, cette épure, en disant par exemple que si vous écrivez au début du chapitre qu’il y a un fusil dans la pièce, il faut qu’à la fin le fusil ait servi à quelque chose. On n’écrit pas pour rien, les situations, on ne les crée pas pour rien, on jette des petits cailloux, et à la fin, il faut que tout cela prenne un sens.