+++ Gueorgui Gospodinov, Le pays du passé

Et s'il devenait possible de retrouver son passé ? C'est ce qu'imagine le mystérieux Gaustine en fondant une clinique où chaque patient peut replonger dans l'époque favorite de sa vie grâce au décor de sa chambre.

L'artifice paraît simple et sans danger, mais la tentation d'échapper au présent peut se révéler périlleuse : qu'adviendrait-il de l'Europe si ses États membres étaient gagnés par cette envie ? Dans un roman éclatant d'inventivité, le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs.

On plonge dans un univers très particulier avec ce livre génial qui considère le temps vraiment comme une dimension, et la possibilité diabolique de faire cohabiter des temps différents:

Gospodinov partage avec moi une forte répulsion du nationalisme, et pas mal d'humour, souvent assez grinçant.

“la nation est un nourisson historique vagissant qui joue au vieillard biblique.”

Il y d'ailleurs pas mal de dérision sur la Bulgarie:

les années 1960, comme tout dans notre pays, sont arrivées en Bulgarie avec une dizaine d’années de retard. Sans doute pendant les années 1970

puis

Je constate qu’à tous les niveaux la communication est interrompue dans cette ville. Les différentes professions ne se parlent pas, les médecins ne parlent pas avec les patients, les vendeurs ne parlent pas avec les clients, les chauffeurs de taxi ne parlent même pas avec les passagers, les gens ne se parlent pas à l’intérieur des corporations, certains écrivains ne parlent pas avec d’autres qui ne parlent pas avec d’autres encore. Les familles ne se parlent pas à la maison, les hommes et les femmes ne se parlent pas, les mères et les pères ne se parlent pas. Comme si tous les sujets de conversation avaient subitement disparu, tels les dinosaures, ils sont mystérieusement morts comme les abeilles, ils se sont évaporés par la hotte aspirante de la cuisine ou par la petite fenêtre de la salle de bains dont la moustiquaire est trouée.

Et un rapide résumé de ce projet déjanté:

« Pendant qu’il écrit un roman sur ceux qui sont abandonnés par la mémoire, il commence lui-même à perdre la mémoire… Il se dépêche de le terminer avant d’avoir oublié ce qu’il raconte. »

Et pour ceux qui ne parlent pas bulgare couramment, voici un entretien traduit en italien (ça serait trop facile en français)

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  • Dernière modification : 2026/07/03 08:28
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